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L’œcuménisme : l’antidote à la pandémie ? l’exemple de la Maison d’unité

         Cette question est tout à fait intéressante  mais … comment oser s’aventurer à proposer quelques réponses ? Nous nous situerons selon des réflexions ouvertes, des pistes possibles et surtout les témoignages des jeunes que nous recevons à la Maison d’unité puisque ce sont eux qui sont concernés.

          Mais déjà, qu’est-ce qu’une Maison d’Unité ?

          Notre dépliant qui présente la Maison d’Unité résume par quelques questions posées aux jeunes l’essence de l’engagement d’un an qui est proposé :

  • Tu as le goût et le désir de l’unité ? 
  • Tu veux t’engager toute une année scolaire ?
  • Tu es disponible une soirée par semaine de 18h15 à 22h ?
  • Tu es prêt à vivre dans un des logements qui appartiennent à diverses Églises chrétiennes situées pour l’instant à Paris et à Lyon ? Bientôt peut-être à Strasbourg, Lille, Bordeaux !
  • Tu as entre 20 et 35 ans ?

      La Maison d’Unité est une association déclarée en préfecture selon la loi 1901, son conseil d’administration étant formé actuellement de sept membres catholiques, protestants, orthodoxe et un jeune ayant au moins deux ans d’ancienneté. Selon ses statuts,  elle « propose des activités de type spirituel et, notamment à des jeunes de confessions chrétiennes différentes, une vie communautaire et de prière complétée d’une formation à l’œcuménisme, en privilégiant pour principes fondamentaux : le non prosélytisme, le refus de tout syncrétisme, l’indépendance vis-à-vis des Églises, dans la recherche permanente du compagnonnage de ces dernières, le respect de la diversité de la foi au Dieu Trinitaire en référence à la charte œcuménique européenne du 22 avril 2001, signée par le Conseil d’Églises chrétiennes en France le 14 mai 2008 ».

      La Maison d’Unité  offre une expérience œcuménique concrète sous la forme d’une vie en colocation : un appartement où chacun, chacune a sa chambre et où la vie n’est pas une simple cohabitation. Selon  le temps et les possibles, le désir  est  celui  d’un  quotidien qui permette une fraternité, une sororité les uns, les unes avec les autres, des échanges, sorties, découvertes, des temps de prière, une écoute ensemble de la Parole de Dieu….

      Ces colocations sont insérées dans une paroisse locale, protestante ou catholique en ce moment. Chaque communauté demande aux jeunes une participation en s’y insérant, par un groupe de jeunes, une chorale, en animant une  catéchèse, la garderie des enfants pendant les cultes,  des actes de solidarité telle une maraude etc. La participation financière régulière donnée par chaque jeune est reversée à ces Églises hébergeantes. Il s’agit juridiquement d’une convention de précarité et non d’un loyer. 

      Ces  jeunes chrétiens sont donc de confessions différentes, le plus souvent catholiques, orthodoxes, anglicans, protestants, de l’Église Protestante Unie, évangéliques, mennonites, baptistes, pentecôtistes, même adventistes…

      A ce jour, les colocs sont au nombre de 9 à Paris et proche banlieue pour 27  jeunes. A Lyon, une nouvelle coloc voit le jour cette année, complétée  de chambres dans un foyer catholique. Tous les jeunes se rencontrent  un soir parsemaine. 

  • D’abord pour un temps convivial : repas partagé apporté par chacun, échanges divers, événements, fête des anniversaires, etc…
  • A 19h, un témoin d’une Église chrétienne donne un apport suivi d’un  débat interactif. Ces intervenants témoignent tous, chacun à leur manière, du comment vivre aujourd’hui un témoignage chrétien dans une dimension œcuménique au sein de nos sociétés déchristianisées
  •  Cet enseignement se prolonge  par une  prière d’une heure, ouverte à tous et  conduite par le même témoin ou par un groupe de priants, en lien avec le thème  proposé. La présentation des diverses Églises : catholique, orthodoxe, anglicane, luthérienne, réformée, évangélique, mennonite, baptiste… s’achève ainsi par un temps de prière assuré par cette même Église. Depuis le confinement, les réunions se maintiennent sur Zoom. 

Pour quels jeunes ?

Des étudiants comme des jeunes professionnels

C’est souvent moitié moitié : les jeunes professionnels ont plus de facilité financière, les étudiants partagent leurs questionnements en lien avec leurs études. Cette mixité est féconde.

Une inter confessionnalité encore à élargir

Régulièrement, posent candidature des jeunes qui ont grandi dans des foyers mixtes catholiques/protestants et en ont reçu des interpellations qu’ils veulent maintenant approfondir. Certains sont  intéressés  par la cause œcuménique en tant que telle.  Ils ont pu avoir déjà assimilé toute  une expérience concrète par des engagements divers. Ils ont participé de plus ou moins près à la vie de communautés laïques à ouverture œcuménique comme Le Chemin Neuf, Fondacio …. Une moitié vient sur une proposition  des anciens.

Une interculturalité importante

Le  groupe des 27 jeunes actuels –  dans le sillage des années antérieures – est toujours visiblement interculturel, ce qui est ressenti comme une réelle richesse mutuelle. Plusieurs jeunes français peuvent avoir un ancrage africain, malgache ; des jeunes viennent  d’Amérique du Sud, du Brésil, du Chili, du Pérou, d’Australie, de Taïwan, du Canada, des États-Unis et bien sûr d’Europe, de Russie, du Danemark, d’Espagne, du Portugal, de Suisse…

Des milieux sociaux divers

Le questionnement œcuménique, pour exister parmi les jeunes, nécessite déjà un engagement chrétien, parfois sous la forme d’un appel du Christ, un désir d’ouverture, une certaine approche de l’universel, voire une culture particulière qui les ont conduits à se poser des interrogations ecclésiales de type œcuménique. Les jeunes sont d’abord venus de milieux plutôt aisés, mais actuellement, par des amitiés avec des anciens notamment, plusieurs sont de milieux plus précaires. Les jeunes qui viennent d’ancrages pluriculturels, « des quartiers » de banlieue parisienne, de Montpellier, d’autres villes …  ont peu de ressources financières.

Un large créneau d’âge : 20 à 35 ans

Par le concret des demandes, ce spectre large a été accepté et il s’avère souvent très enrichissant en suscitant des échanges, souvent sur des questions concrètes concernant  des expériences diverses acquises au cours des années et appelées à être partagées.

Les propositions portées par La Maison d’Unité : 

Se supporter dans ce défi passionnant de vivre ensemble !

Se supporter, formulation peut-être légère, mais elle est si vraie dans le concret des jours ! Apprendre, vouloir supporter cet autre différent de moi, peut-être même arriver à ce que l’on se « porte »  de plus en plus les uns les autres, à ce que l’on se supporte  sur cette route des différences, différences qui ont cette saveur particulière de pouvoir devenir un jour non plus contradictoires et  agressives, mais  sources d’échanges et de complémentarités, sources porteuses de fruit pour chacun dans leur avenir personnel.

Apprendre à mettre en œuvre et à susciter l’écoute de la différence de l’autre

Cet art si peu aisé s’apprend lentement ; c’est un chemin continuel en profondeur. Le terme « bienveillance » est utilisé sur le dépliant réalisé par les jeunes. C’est un mot peu à la mode !  Comment continuer à écouter l’autre avec « bienveillance », même si je suis à 10 0000 années-lumière de la conviction qu’il défend fortement, voire avec passion, et qui se trouve être tout juste à l’inverse de la mienne ?!!

Etre en quête d’une vérité qui peut avoir plusieurs facettes

Ce mot vérité, regardons-le avec des lunettes linguistiques. Les langues européennes ont toutes un seul mot pour nommer ce concept de vérité mais une exception existe, la langue russe, qui distingue le mot istina désignant la vérité dans son rapport à l’être et celui de pravda qui inclut davantage une notion de justice en désignant la vérité comme un « devoir être ». L’hébreu emet signifie solide, durable, stable. Il nomme la fidélité de l’alliance de l’homme avec Dieu et la confiance en la promesse, ce qui le rend sémantiquement analogue au mot anglais truth.  De cette racine est venue l’exclamation liturgique Amen ! C’est vrai, c’est solide !  Aletheia  en grec est marqué d’un a privatif. Il construit la vérité plutôt dans  un rapport au caché, à l’oublié et inclut donc en lui-même des faussetés possibles. Le latin veritas est lui plus normatif. Il marque une certaine bienveillance. Il désigne la correction et le bien-fondé de la règle. C’est la vérité juridique qui verrouille, garde, conserve.

         Ainsi, en hébreu le mot vérité résonne à une solidité, à  un fondement, à la satisfaction d’une attente, à une relation d’alliance. Le grec évoque une élaboration, un rapport de privation avec l’oublié, le caché, la mise en retrait, voire certaines faussetés. Le latin met l’accent sur la norme bienveillante, le bien-fondé de la règle, une vérité juridique, une médiation sociologique. L’istina russe et l’hébreu emet se rapportent au contenu divin de la vérité, tandis que le grec aletheia et le latin veritas se rapportent à sa forme humaine ; les termes russe et grecsont d’ordre plus philosophique, le latin et l’hébreu d’ordre sociologique. Pour le russe et le grec, la vérité est en rapport immédiat avec chaque personne ; pour le latin et le juif il y a médiation sociale. Ces apports, à partir de quelques langues seulement,  donnent  des couleurs différentes  qui  peuvent enrichir notre réflexion, œcuménique entre autres. La prise de conscience que notre vérité n’est que subjective souvent est essentielle dans toute démarche œcuménique. La prière nous permet de la relier à l’essentiel de notre foi, Vérité qui est en Dieu et en Christ pour nous chrétiens.

Avec ces  diverses approches, prier une fois par semaine 5 à 10 minutes ensemble

Cette proposition est précisée aux jeunes dans la charte de vie qu’ils signent à l’entrée de leur année à la Maison d’Unité. 

Une première nécessité est de s’asseoir ensemble pour  trouver  le  moment  où tous pourront se rejoindre : dans une vie à 3/4/5, souvent mouvementée, speed, stressante, comment trouver ces petites minutes où tous soient disponibles ensemble ? Et  comment vivre ce moment dit « spirituel » ?  Une animation circulaire à tour de rôle est conseillée. Il s’agit d’oser nous adresser à notre Père des Cieux tels que nous sommes chacun, avec nos vécus, nos coutumes, nos apprentissages, nos points de vue. La prière adressée à la Vierge Marie, par exemple, est désirée et vécue en vérité par les jeunes catholiques. Elle  peut étonner les protestants, voire même les irriter, ou au contraire les interpeller. Le dialogue est là essentiel pour apprendre à découvrir la piété, la spiritualité de mon frère, de ma sœur, voire à se laisser déranger par lui. Paul Ricœur a cette phrase intéressante : « Convertir toute hostilité en tension fraternelle à l’intérieur d’une unité de création ». Décidément, on se porte mieux lorsqu’on accepte, lorsqu’on a intégré que les tensions font partie de la vie et sont source de vie ! Si nous convoquons nos hostilités premières à se laisser muer en simples  tensions, ce labeur devient de l’ordre d’une création, d’un acte créatif, d’une unité de création.

Vivre un partage autour de la Parole une fois par mois

Cette expérience proposée est souvent forte : une prière à l’Esprit la débute avant le temps d’une écoute attentive de l’Évangile ou d’un texte biblique, sans que l’on se coupe la parole et sous un mode à décider ensemble : ignacien, évangélique, des groupes bibliques universitaires 

Quelle réalité est vécue au long des années ?

Elle est le plus souvent ressentie comme un souvenir positif, marquée du désir de se retrouver, de poursuivre des amitiés, de revenir pour une deuxième année, voire une troisième année. Les difficultés sont là  aussi : relations  peu aisées, événements personnels à traverser.

Quels sont les liens avec les  anciens ?

Cet aspect a été privilégié. En relation avec, entre autres, Taizé, la Maison d’Unité a privilégié la relation de durée avec ses anciens, proposition suscitée d’ailleurs par les jeunes eux-mêmes. Les uns et les autres  participent  à des rencontres, des fêtes,  des mariages !  Assez  vite,  une deuxième année a permis  à  des jeunes d’aider à la prise en charge du we d’intégration pour que des jeunes communiquent à d’autres jeunes leur enthousiasme et leurs valeurs, pour qu’ils se servent des outils actuels afin  que la communication se fasse en utilisant les réseaux sociaux. 

Cette année, on a pour la première fois des  « troisième année »,  et par eux, une newsletter va paraître pour rejoindre, en ce temps de morosité, nos nombreux amis en leur souhaitant nos vœux ! Normalement, deux fois par an des conférences ouvertes à tous réunissent ceux et celles désireux de soutenir la Maison d’Unité et de se former eux-mêmes davantage sur un plan œcuménique. Elles sont préparées avec les jeunes sous forme de « Regards Croisés », sur un thème œcuménique présenté par des témoins de diverses Églises.

Un démarrage très important : Le we de rentrée, temps  essentiel

C’est dans la communauté des diaconesses à Versailles que se déroule ce we. Lieu d’informations diverses, des calendriers à venir, découverte  des responsables des colocations,  il est surtout une étonnante occasion de connaissance où chacun peut se dire dans sa vérité et sa recherche. 

On a l’habitude de se donner le temps de s’écouter les uns les autres cinq  à six minutes sur ce qui a conduit chacun à envisager de vivre cette année à la Maison d’Unité. C’est un temps fort, quasi toujours une source de communion future. C’est aussi là qu’on échange sur la vie en coloc, sur les  trésors et les  difficultés du vivre ensemble. Ces dernières sont souvent au départ d’ordre matériel : les ménages, les courses, les repas à se partager. Pour aider les échanges autour de la Parole dans les colocs, Emmanuelle Seyboldt, présidente du Conseil de l’EPUdf, a  proposé depuis deux ans aux jeunes un partage en groupes de 6/7 personnes, et c’est souvent une belle expérience qui les aide à démarrer leur propre chemin.

Aujourd’hui quelle évaluation les jeunes font-ils de ce temps en maison d’unité ?

       Année après année, se vivent des évaluations régulières très instructives pour l’équipe d’accompagnement.

L’évidence : un grand désir de convivialité, de simplicité, d’authenticité

       Cela est très marquant depuis le début de cette aventure, initiée par une mère de famille de 48 ans, alors  catéchète au collège des sœurs de Ste Clotilde, congrégation catholique qui jouxte l’hôpital parisien des diaconesses de Reuilly où je vis. Elle  demandait au  Seigneur comment occuper sa deuxième partie de vie, ses quatre  enfants quittant le nid familial. Ayant choisi de faire une retraite dans le centre œcuménique charismatique de Gagnières, elle y a reçu cette conviction de soutenir une action auprès de jeunes de confessions chrétiennes différentes pour qu’ils découvrent une dimension œcuménique de leur foi, ce qui, en regardant vivre  ses propres enfants, lui semblait presqu’impossible pour cette nouvelle génération. D’année en année, depuis bientôt 10 ans, la Maison d’Unité avec l’aide de ses anciens s’est affermie mais cherche encore beaucoup les chemins d’aujourd’hui et de demain. 

     C’est évident que plusieurs jeunes se passeraient d’enseignements didactiques. Pour certains, la théologie est peu au départ leur tasse de thé ! Mais peu à peu cela les intéresse de plus en plus et les débats sont de plus en plus vivants  et vrais !  Ce qu’ils cherchent d’abord, c’est un lieu d’amitié fraternelle avec d’autres jeunes chrétiens ayant comme eux un idéal, une foi vivante, car souvent ils se sentent, dans leurs lieux de travail ou de formation, tout à fait  isolés sur ce plan. Ils sont en quête d’une convivialité qui résiste à l’usure des difficultés et des conflits.  Ils veulent vivre les uns avec les autres des temps riches … à la patinoire, à Taizé,  lors  de  rencontres,  de  soirées,  de  concerts,  et  ceci  avec  des  rires,  des  échanges  «sympa» où on ne se prend pas la tête comme ils disent … sur des questions complexes. 

     D’évaluation en évaluation, ce qu’ils  aiment en prédilection, c’est se détendre ensemble, préparer, garçons et filles, de bons plats lors d’événements, de fêtes, jouer à des jeux divers. Ils  aiment chanter et user de divers instruments. Les enseignements les passionnent aussi dans leur dimension œcuménique d’autant plus si l’enseignant parle vrai ! Mais souvent encore plus la prière. Prier n’est pas réservé aux seuls évangéliques mais ceux-ci peuvent jouer dans le déclic en début d’année d’oser prier à haute voix avec une ferveur souvent touchante. «  Papa, c’est toi notre père des cieux et tu ne nous laisseras jamais tomber ! »  Et là dans la prière, ils sont  ensemble, unis par un essentiel qui les restaure, autour de Jésus qui les entraîne par ses paroles fortes sur un chemin de bonté, de tendresse à l’endroit de chacune de ses créatures, quelles qu’elles soient.  Et ceci  leur fait oublier les complexités quotidiennes, les choix à décider, les examens à réussir, le job à trouver, l’argent à ne pas trop dépenser ….

     Alors quel avenir  peut  se profiler à travers cette expérience des Maisons d’Unité ?

Comme je le disais en ouverture, comment oser proposer  des affirmations massives ?  Il suffit d’avancer quelques points de réflexion, d’ordre sociologique, ecclésiologique.

Un premier point: la prise en compte de la hiérarchie des valeurs selon chaque génération

Les différences entre générations sont une réalité. Des tensions peuvent certes exister. Comment en prendre mutuellement plus conscience ? Comment réellement préparer sa place à cette génération montante qui arrive  avec ses valeurs propres, ses interrogations, ses modes d’action, son sens des responsabilités ? Cette réflexion me parait à accueillir avec intérêt et soin. Chaque personne est unique au sein de sa génération et les généralisations, séduisantes, peuvent ne pas être justes ou ne pas prendre assez en compte ce temps propre de la jeunesse. 

Mais  notre société, notre monde  a tant évolué en si peu d’années. Etre né dans les années encore marquées par les conflits franco-allemands ne suscite pas en soi les mêmes réactions d’ordre psychologique, sociologique, spirituel que d’avoir grandi à l’heure d’internet, des  réseaux sociaux, de la science robotique, des progrès étonnants médicaux et scientifiques.

Le concept de l’espace: La dimension planétaire, une pluri culturalité, une planète menacée

Tous ces jeunes ont souvent déjà beaucoup voyagé pour leurs stages, leurs vacances, leurs engagements divers. Une pluri culturalité imprègne tout leur être, les façonne, oriente leurs décisions, leurs réactions. Pour beaucoup d’entre eux, les chants de Taizé, en latin souvent comme en beaucoup de langues diverses, leur parlent au cœur et leur sont comme un point de repère d’unité chrétienne au-delà de toute frontière dans ce monde chaotique et morcelé. Pour un catholique, c’est bon d’avoir la même liturgie de la  messe partout où il se rend. Pour les jeunes protestants et orthodoxes, participer au Conseil Œcuménique des Églises ou à des forums œcuméniques les ouvre à une universalité ecclésiale. Ces générations grandissent avec une dimension planétaire qui est pour eux une évidence. La  pluri culturalité fait partie d’eux, y compris au sein des Églises. Le temps de la  pandémie avec ses confinements pourra faire évoluer peut-être ces choses, mais cette génération ne craignait  pas d’aller rejoindre par avion des amis au loin pour un seul we. Et pourtant, le sort de la petite planète bleue leur tient viscéralement à cœur, autrement, je pense, que les générations antérieures, et les Églises vertes les enthousiasment et leur sont  précieuses, même si, comme chacun de nous, ils sont vite pris au quotidien dans des contradictions entre leur désir vrai, leur qualité de pensée et leur agir. 

Le concept du temps a lui aussi beaucoup évolué, la rapidité actuelle des transmissions 

Le temps présent est souvent cet essentiel qui pour les jeunes fait arrêter toute horloge !  Comme l’espace, le temps a été lui aussi dompté, domestiqué. Le mail, le SMS, le portable ont rendu l’autre accessible en quelques secondes où qu’il soit. L’information est le plus souvent en « direct », même si elle provient d’un pays fort éloigné, et fait que chacun sait tout, tout de suite. Cette réalité est merveilleuse par bien des côtés. Pourtant ce monde nouveau, débordant d’informations et souvent de violence, est stressant et les jeunes n’hésitent pas à s’en protéger en ignorant paisiblement les nouvelles difficiles qui pleuvent chaque jour. Leur téléphone peut rester souvent fermé.

A notre dernière assemblée générale, il a été demandé aux jeunes quelle définition de l’œcuménisme ils pourraient donner. Trois mots ont jailli spontanément. Je vous les livre : 

L’avenir de l’œcuménisme, un trépied : Confiance, fidélité, relation d’amitié

Confiance. L’inverse de la  confiance est la méfianceLa confiance se révèle une ferme espérance, l’assurance de pouvoir se fier à autrui. Peut-on parler d’une foi en acte ? Une foi  qui  donne déjà confiance en soi, ce si beau cadeau qui peut nous être fait d’aimer notre prochain vraiment comme nous-mêmes ; une foi  qui fait confiance à autrui, à mon frère, à ma sœur, à l’autre ; une foi qui fait confiance à Dieu, ce Dieu de tendresse et de compassion révélé en Jésus-Christ qui ne me fait plus peur mais m’apprend des chemins d’amour, de respect, de justice, de bienveillance. Ainsi, ces jeunes ouvrent-ils une route : celle de vivre  une confiance en Dieu, une confiance en soi-même, en autrui et en chacune de nos Églises vers son unité propre, vers l’unité que le Seigneur  lui prépare dans sa grâce si nous le laissons faire.

Fidélité. La fidélité est une force sûre. Elle est solide. Elle témoigne de loyauté, de constance. Elle est porteuse de continuité. Car de génération en génération, Dieu est fidèle, nous le croyons. Il connaît Lui les chemins où Il veut conduire son Église, ses Églises, non pour leur bien-être, mais  pour que le monde croie et que la prière de Son Fils à la veille de sa mort soit exaucée. 

La relation d’amitié est ce trésor où l’on peut toujours se restaurer aux heures difficiles. C’est elle qui véhicule un dynamisme tout à fait porteur et qui ouvre à des échanges ensuite plus laborieux demandant une réflexion approfondie que l’on peut alors assumer. « La force contagieuse d’un nouvel amour au cœur des Églises, dit la RdR, peut seule laver le mal du monde. L’unité retrouvée dans l’Église viendra d’un amour rendu victorieux ». Ainsi soit-il ! 

Propos de Soeur Bénédicte, lors d’une rencontre à Aix en Provence avec l’évêque Mgr Dufour, et animée par Gill Daudé, ancien conseiller spirituel de la Maison d’Unité.