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Channeling

Le channeling (ou canalisation) désigne la pratique consistant à recevoir et transmettre des informations censées provenir d’une source extérieure à sa propre conscience : un esprit, un défunt, une “entité”, un “guide spirituel” ou une “conscience supérieure”. La personne qui pratique le channeling, appelée channel ou canaliseur, se présente comme un intermédiaire ou un messager, et non comme l’auteur du contenu transmis.

C’est une pratique très présente dans la mouvance New Age contemporaine, mais elle s’inscrit dans une histoire beaucoup plus longue, qui remonte au spiritisme du XIXe siècle. Voici ce qu’elle recouvre concrètement, d’où elle vient, et ce que la recherche en dit.

Silhouette assise en méditation, une main ouverte levée vers le ciel recevant un fin flux de particules dorées lumineuses, dégradé de cobalt, or et ivoire

D’où vient le channeling ? Du spiritisme à la théosophie

Le channeling puise directement dans le spiritisme, mouvement né aux États-Unis à la fin des années 1840 avec les sœurs Fox, qui prétendaient communiquer avec les esprits des morts par des coups frappés. Le spiritisme s’est ensuite structuré en France sous l’impulsion d’Allan Kardec, qui a théorisé la pratique de la “médiumnité écrite” dans Le Livre des médiums (1861).

À la fin du XIXe siècle, la théosophie d’Helena Blavatsky reformule cette idée : les messages ne viendraient plus seulement de défunts, mais de “Maîtres ascensionnés”, des entités spirituelles supérieures censées guider l’évolution de l’humanité. Blavatsky se présentait elle-même comme la réceptrice de ces enseignements.

Le terme “channeling” tel qu’on l’utilise aujourd’hui émerge surtout dans les années 1970, popularisé par des figures comme Jane Roberts, qui a publié une série d’ouvrages présentés comme dictés par une entité nommée “Seth” (le Seth Material), et plus tard par JZ Knight, qui canalise depuis 1977 une entité qu’elle nomme “Ramtha”. Le mouvement New Age des années 1980-1990 a largement diffusé la pratique, notamment via des figures comme Esther Hicks, qui canalise depuis les années 1980 un ensemble d’entités qu’elle nomme collectivement “Abraham”.

Que peut-on en retenir ?

Le channeling n’est pas un phénomène récent inventé par le New Age : c’est le prolongement direct d’une tradition médiumnique vieille de presque deux siècles, qui a simplement changé de vocabulaire et d’entités invoquées au fil du temps.


Les trois grands types de channeling

La pratique recouvre des formes assez différentes les unes des autres.

Le channeling en transe. Le canaliseur entre dans un état modifié de conscience, parfois profond, et laisse “parler” l’entité à travers lui, souvent avec une voix, une posture ou un vocabulaire différents des siens. C’est le format des séances de JZ Knight/Ramtha.

Le channeling conscient. Le canaliseur reste pleinement éveillé et rapporte ce qu’il perçoit comme des pensées, images ou impressions venant de l’entité, sans perte de contrôle de soi. C’est le format le plus courant aujourd’hui, notamment dans le coaching spirituel.

L’écriture automatique. Le canaliseur laisse sa main écrire sans intention consciente de diriger le texte, une pratique qui remonte directement au spiritisme du XIXe siècle et à ses séances de “dictée médiumnique”.


Que dit la science du channeling ?

La recherche en psychologie s’est penchée sur le channeling sous plusieurs angles, sans jamais valider l’existence des entités invoquées.

La dissociation. Le psychologue Nicholas Spanos, dans une étude restée une référence (Correlates of Mediumship, 1988, Journal of Abnormal Psychology), a montré que les personnes qui pratiquent le channeling présentent des scores plus élevés que la moyenne sur les échelles de dissociation et de propension à l’imaginaire (fantasy proneness). Cela ne signifie pas qu’elles “mentent” : la dissociation est un état psychologique réel, dans lequel une partie du contenu mental peut être vécue comme étrangère à soi, sans intention de tromperie.

L’effet idéomoteur. Pour l’écriture automatique en particulier, les mouvements de la main sont produits par de minuscules contractions musculaires inconscientes, un mécanisme bien documenté depuis les travaux sur la planche Ouija et le pendule : la personne produit elle-même le mouvement, sans en avoir le sentiment subjectif.

La cryptomnésie. Le psychologue Théodore Flournoy, dans son étude classique de la médium genevoise Hélène Smith (Des Indes à la planète Mars, 1900), a montré comment des souvenirs oubliés (lectures, conversations) pouvaient resurgir sous une forme transformée, vécus comme des messages venus d’ailleurs plutôt que reconnus comme des souvenirs personnels.

Le psychologue transpersonnel Arthur Hastings, dans son étude approfondie du phénomène (With the Tongues of Men and Angels, 1991), a documenté ces mécanismes sans conclure à une fraude systématique : pour beaucoup de canaliseurs, l’expérience subjective de “recevoir” un message extérieur est sincère, même si l’explication la plus parcimonieuse reste d’origine psychologique interne.

Que peut-on en retenir ?

Aucune étude n’a validé l’existence des entités canalisées. Ce que la recherche documente, ce sont des mécanismes psychologiques réels (dissociation, effet idéomoteur, cryptomnésie) qui expliquent l’expérience subjective sans recourir à une source extérieure à la personne.


Channeling et dérives : ce qu’il faut savoir avant de consulter

Le channeling n’est pas dangereux en soi. Le problème apparaît quand la pratique est utilisée pour orienter des décisions importantes (santé, argent, relations) à la place d’un avis compétent, ou quand un canaliseur professionnel exploite la vulnérabilité émotionnelle d’une personne en deuil ou en détresse.

Les signaux d’alerte sont les mêmes que pour toute pratique ésotérique commercialisée : des séances facturées cher et de façon répétée, un message qui décourage de consulter un médecin ou un professionnel compétent, un discours qui culpabilise si les résultats attendus n’arrivent pas. Nous détaillons ces mécanismes, et un outil d’auto-évaluation, dans notre article sur les dangers du New Age et sur les dérives sectaires spirituelles.

« Les rêves diffèrent selon les individus, car les hommes ne se ressemblent pas. »

Artémidore de DaldisOnirocriticon, IIe siècle, à propos de l'interprétation des messages reçus pendant le sommeil, un principe de prudence individuelle qui s'applique tout autant au channeling


Channeling, médiumnité et spiritisme : quelle différence ?

Ces termes se recoupent largement mais ne sont pas strictement synonymes.

Le spiritisme est le mouvement historique et sa doctrine, centré sur la communication avec les esprits des défunts selon une méthode codifiée par Allan Kardec. La médiumnité désigne la capacité (ou le rôle) de servir d’intermédiaire avec l’au-delà, un terme plus large qui englobe la voyance et le spiritisme. Le channeling est un terme plus récent et plus large encore : les entités canalisées ne sont pas nécessairement des défunts, elles peuvent être présentées comme des maîtres spirituels, des extraterrestres ou des consciences collectives.


Questions fréquentes

Le channeling est-il reconnu par la science ? Non. Aucune étude scientifique n’a validé l’existence des entités que les canaliseurs prétendent transmettre. La recherche documente en revanche des mécanismes psychologiques réels (dissociation, effet idéomoteur, cryptomnésie) qui expliquent l’expérience vécue.

Les personnes qui pratiquent le channeling sont-elles sincères ? Dans la grande majorité des cas documentés par la recherche, oui. L’expérience subjective de “recevoir” un message extérieur à soi est réelle et ne relève pas nécessairement de la fraude consciente, même si l’explication la plus solide reste d’ordre psychologique.

Quelle est la différence entre channeling et voyance ? La voyance prétend accéder directement à des informations sur l’avenir ou le présent d’une personne, sans nécessairement passer par une entité intermédiaire. Le channeling repose spécifiquement sur l’idée d’un message transmis par une entité tierce.

Peut-on pratiquer le channeling soi-même sans risque ? Le risque principal n’est pas la pratique elle-même, mais l’usage qui en est fait : s’y fier pour des décisions importantes de santé, financières ou relationnelles, à la place d’un avis compétent. Voir notre article sur les signaux d’alerte du New Age.


Sources : Klimo J. (1987). Channeling: Investigations on Receiving Information from Paranormal Sources. Jeremy P. Tarcher. / Hastings A. (1991). With the Tongues of Men and Angels: A Study of Channeling. Holt, Rinehart and Winston. / Spanos N.P. & Moretti P. (1988). Correlates of Mediumship. Journal of Abnormal Psychology, 97(1):105-110. / Flournoy T. (1900). Des Indes à la planète Mars. Étude sur un cas de somnambulisme avec glossolalie. Félix Alcan. / Kardec A. (1861). Le Livre des médiums. Didier et Cie.

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