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Quels sont les bienfaits de la gratitude ?

Silhouette humaine les mains ouvertes vers le ciel, entourée d'une pluie de motifs organiques dorés qui descendent doucement, fond ivoire-crème et cobalt

La gratitude désigne la reconnaissance sincère envers ce que l’on a reçu, qu’il s’agisse d’un bienfait matériel, d’un geste, ou de la vie elle-même. En psychologie positive, c’est à la fois une émotion ponctuelle et une disposition que l’on peut cultiver. Ses bienfaits sont parmi les mieux documentés de toute la recherche sur le bien-être, avec une nuance importante : elle peut aussi, dans certains contextes, se retourner contre celui qui la ressent.


Julie Dachez ouvre son chapitre sur la gratitude par une anecdote familiale, autour d’un clafoutis préparé par sa grand-mère, avant d’en faire une clé de lecture bien plus large : et si cette émotion ordinaire, presque banale, était en réalité l’une des ressources psychologiques les plus puissantes que la science ait étudiées ?

En bref : les bienfaits de la gratitude

  • Bien-être : effet réel mais modeste, confirmé par 145 études sur 28 pays
  • Tabac : réduit l'envie de fumer plus efficacement que la peur, selon Harvard (2024)
  • Relations : renforce le lien perçu avec les proches et les collègues
  • Travail : associée à moins de stress perçu et plus d'engagement
  • ⚠️ Mais attention : une gratitude imposée peut avoir l'effet inverse

Ce que vous allez découvrir

  • Ce que montre la plus grande méta-analyse jamais menée sur la gratitude, 145 études, 28 pays
  • Le lien surprenant, prouvé par Harvard, entre gratitude et arrêt du tabac
  • Pourquoi la foi agit comme un catalyseur de gratitude selon la recherche
  • L’exercice de gratitude validé scientifiquement, et comment le pratiquer
  • Pourquoi la gratitude peut parfois faire du mal plutôt que du bien

Ce que les études montrent sur les bienfaits de la gratitude

La gratitude est l’un des sujets les plus étudiés de la psychologie positive, un champ de recherche fondé à la fin des années 1990 pour étudier scientifiquement ce qui fait qu’une vie va bien, pas seulement ce qui la fait dérailler.

L’étude fondatrice date de 2003. Robert Emmons (Université de Californie à Davis) et Michael McCullough (Université de Miami) publient Counting Blessings Versus Burdens dans le Journal of Personality and Social Psychology. Leur protocole est simple : des participants notent chaque semaine, pendant plusieurs mois, soit ce pour quoi ils sont reconnaissants, soit leurs tracas quotidiens, soit des événements neutres. Résultat : le groupe “gratitude” rapporte un affect positif significativement plus élevé, plus d’enthousiasme, de détermination et d’énergie, que les deux autres groupes. Une troisième étude, menée auprès de personnes atteintes de maladies neuromusculaires, retrouve des résultats similaires.

Depuis, la littérature s’est considérablement étoffée. Davis et al. (2016) publient la première méta-analyse sur le sujet, portant sur 26 études, et concluent à un effet modeste mais réel sur le bien-être psychologique. Presque dix ans plus tard, Choi, Cha, McCullough, Coles et Oishi (2025) publient une méta-analyse bien plus vaste dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Elle synthétise l’ensemble des données disponibles à ce jour sur le sujet, avec des variations significatives selon les pays, le type d’intervention et la façon dont le bien-être est mesuré.

145 études analysées
28 pays couverts
24 804 participants
0,19 taille d'effet (Hedges' g)
faible mais robuste

Que peut-on en retenir ?

L’effet de la gratitude sur le bien-être est réel, répliqué dans 28 pays sur près de 25 000 personnes, mais il est modeste. Ce n’est pas une baguette magique : c’est un petit coup de pouce statistique, cohérent dans le temps et l’espace, mais qui ne remplace rien d’autre.


Gratitude et tabac : le bienfait le plus surprenant, prouvé par Harvard

C’est sans doute le résultat le plus inattendu de la recherche récente sur la gratitude, et celui que Julie Dachez met en avant dans son livre.

Une équipe de la Harvard T.H. Chan School of Public Health, menée par Ke Wang, avec Vaughan Rees et Ichiro Kawachi, publie en juillet 2024 dans les PNAS une étude sur le rôle des émotions positives dans les comportements de santé à risque. Susciter un sentiment de gratitude chez des personnes fumeuses réduit leur envie de fumer. Cette même gratitude augmente aussi leur inscription à un programme de sevrage en ligne, davantage que d’autres émotions testées comme la compassion ou la tristesse.

La gratitude réduit davantage l'envie de fumer que la tristesse, pourtant l'émotion la plus utilisée dans les campagnes anti-tabac.

Or la tristesse est justement l’émotion la plus utilisée dans les campagnes de santé publique contre le tabac, ce qui, selon les chercheurs, pourrait être une erreur de stratégie.

Vue rapprochée de deux mains en silhouette noire tenant délicatement un petit bouquet de motifs organiques dorés, fond bleu cobalt profond

Auriez-vous deviné, avant de lire cette étude, qu’être reconnaissant puisse aider à arrêter de fumer plus efficacement que la peur ou la culpabilité ?

Ce résultat illustre un principe plus large de la recherche sur les émotions positives : elles n’agissent pas seulement sur l’humeur, elles modifient aussi des comportements de santé concrets, souvent plus efficacement que les messages fondés sur la peur ou la honte.


Foi, spiritualité et gratitude : un lien documenté

Emmons et McCullough n’ont pas choisi la gratitude au hasard. Leur intérêt pour le sujet est né d’une observation : les personnes ayant une foi profonde rapportaient, en moyenne, un niveau de bien-être plus élevé que les autres, et une part importante de cet écart semblait passer par une capacité accrue à ressentir de la gratitude.

La gratitude occupe une place centrale dans la plupart des grandes traditions religieuses, le christianisme, l’islam, le judaïsme et le bouddhisme en font une pratique ou une vertu cardinale. Les recherches en psychologie de la religion confirment que les personnes engagées dans une pratique spirituelle ou religieuse régulière rapportent plus fréquemment des états de gratitude, et que cette gratitude s’étend au-delà du cadre religieux, à leurs relations, à leur santé, à leur quotidien.

Julie Dachez consacre un chapitre entier de Qu'est-ce que vous croyez ? à la gratitude, entre philosophie personnelle et données scientifiques, avec un exercice pratique et une mise en garde sur ses limites.

Découvrir le livre

Ce lien rejoint directement ce que nous documentons dans notre article sur la spiritualité et la santé mentale : parmi les six mécanismes qui expliquent le lien entre spiritualité et bien-être, les comportements prosociaux et le recadrage cognitif positif sont étroitement liés à la capacité de gratitude. C’est aussi l’une des expressions concrètes de ce que nous détaillons dans notre fiche sur le coping spirituel : mobiliser la reconnaissance plutôt que le ressentiment pour traverser une épreuve.


Les bienfaits de la gratitude au travail et dans les relations

Les effets de la gratitude ne s’arrêtent pas à l’individu isolé. Une revue systématique publiée dans une revue à comité de lecture sur les interventions de gratitude en milieu professionnel a examiné leurs effets sur la santé mentale et le bien-être des travailleurs. Les résultats vont dans le même sens que la littérature générale : les interventions de gratitude au travail, journal, lettres de remerciement, rituels d’équipe, sont associées à une réduction du stress perçu et à une amélioration de l’engagement, avec des effets qui restent toutefois hétérogènes selon les protocoles utilisés.

Sur le plan relationnel, exprimer sa gratitude à un proche ou un collègue renforce le lien perçu entre les deux personnes, un mécanisme que les chercheurs appellent la fonction de “trouver, lier et fidéliser” (find, remind, and bind) : la gratitude aide à repérer les relations de qualité, à s’en souvenir, et à s’y investir davantage.

Repensez à la dernière fois que quelqu’un vous a remercié sincèrement pour quelque chose de précis que vous aviez fait. Qu’est-ce que ça a changé, même brièvement, dans votre rapport à cette personne ?

Que peut-on en retenir ?

La gratitude n’est pas qu’un exercice de développement personnel solitaire. Elle a une fonction sociale mesurable : elle consolide les relations qui comptent, au travail comme ailleurs.


Comment pratiquer la gratitude : l’exercice validé par la recherche

Le protocole le plus étudié est simple, et c’est précisément celui utilisé par Emmons et McCullough dans leur étude fondatrice : noter régulièrement, par écrit, plusieurs éléments pour lesquels on ressent de la reconnaissance.

1
Choisissez une fréquence tenable

Une fois par semaine suffit pour observer un effet, selon l'étude originale. Le quotidien fonctionne aussi, mais au risque d'une lassitude plus rapide.

2
Notez 3 à 5 éléments précis

Pas "ma famille" en général, mais un moment précis : un appel, un service rendu, une phrase entendue. La précision renforce l'effet.

3
Incluez parfois une personne

La gratitude dirigée vers une personne précise, plutôt qu'un événement abstrait, a un effet relationnel supplémentaire documenté par la recherche.

4
Ne forcez rien

Si un jour vous ne trouvez rien, notez-le honnêtement plutôt que d'inventer. La section suivante explique pourquoi c'est important.

Cette pratique recoupe directement l’un des exercices que nous recommandons dans notre article sur l’intelligence spirituelle pour développer la production de sens personnel : tenir un journal régulier de ce qui fait sens, dont la gratitude est l’une des formes les plus étudiées.

Ce carnet est pensé pour les adultes. Si c’est pour un enfant, la gratitude se cultive différemment : nous détaillons les méthodes adaptées, validées par la recherche, dans notre article sur la gratitude chez les enfants.


Gratitude forcée : quand elle cesse de faire du bien

C’est le point que la plupart des articles sur la gratitude passent sous silence, et que Julie Dachez choisit au contraire de nommer clairement.

Et si la gratitude, présentée partout comme une solution universelle, pouvait dans certains contextes faire l’inverse de ce qu’on attend d’elle ?

Le psychologue Philip Watkins, dans un article conceptuel intitulé A Dark Side of Gratitude?, appelle à distinguer la gratitude bénéfique de ses “imposteurs nuisibles” : une gratitude sincère, choisie, n’a pas les mêmes effets qu’une gratitude imposée de l’extérieur, où l’on se sent obligé d’être reconnaissant, souvent pour ne pas paraître ingrat ou pour éviter un conflit.

Deux résultats de recherche illustrent concrètement ce risque :

  • Ksenofontov et Becker (Personality and Social Psychology Bulletin) ont montré qu’exprimer de la gratitude dans une relation de pouvoir inégale peut renforcer cette hiérarchie et décourager la contestation légitime de la partie la plus faible.
  • Une série de six études publiées dans le Journal of Personality and Social Psychology (N = 663) a montré que la gratitude peut pousser à des violations morales, mentir, minimiser une faute, lorsque ce mensonge protège une personne envers qui l’on se sent redevable.

Que peut-on en retenir ?

La gratitude protège quand elle est libre, précise et sincère. Elle abîme quand elle devient une injonction, un moyen de faire taire une plainte légitime, ou un prétexte pour ignorer un vrai problème. La nuance n’est pas là pour minimiser ses bienfaits : elle est là pour les rendre utilisables sans dérive.

Ce paradoxe rejoint celui que nous décrivons à propos du “Dieu punitif” dans notre article sur spiritualité et santé mentale : ce n’est jamais la pratique elle-même qui protège ou fragilise, c’est la manière dont elle est vécue, librement choisie ou imposée par culpabilité.

Testez-vous : votre gratitude est-elle saine ou forcée ?

5 questions rapides, sans inscription, juste pour vous situer.

1. Quand vous notez ce pour quoi vous êtes reconnaissant·e, c'est surtout...

2. Face à une situation injuste, votre gratitude...

3. Si un jour vous ne trouvez rien pour quoi être reconnaissant·e...

4. Envers une personne qui vous a aidé·e, mais dans un rapport de pouvoir inégal (patron, figure d'autorité)...

5. La gratitude, pour vous, c'est avant tout...


Ce que la science ne sait pas encore sur la gratitude

Plusieurs limites méritent d’être nommées honnêtement.

L’effet est petit, pas spectaculaire. Un Hedges’ g de 0,19 dans la méta-analyse de 2025 signifie un effet statistiquement solide mais d’ampleur modeste. La gratitude est un facteur parmi d’autres, pas un traitement.

Les effets varient fortement selon les pays. La méta-analyse de 2025 a spécifiquement identifié des différences significatives entre pays, ce qui suggère que la culture module la façon dont la gratitude est vécue et ses bénéfices.

La causalité reste débattue. Les personnes déjà en meilleure santé mentale sont peut-être aussi plus disposées à ressentir et exprimer de la gratitude, ce qui compliquerait l’interprétation d’une partie des corrélations observées, même si les études expérimentales comme celle d’Emmons et McCullough apportent un début de réponse à cette objection.

La frontière entre gratitude saine et gratitude forcée reste difficile à tracer soi-même. Aucun outil simple ne permet à une personne de savoir, sur le moment, si sa gratitude est libre ou performée par obligation sociale.


Questions fréquentes sur les bienfaits de la gratitude

Quels sont les bienfaits prouvés de la gratitude sur la santé mentale ? La recherche associe la pratique régulière de la gratitude à une augmentation de l’affect positif, une réduction du stress perçu, et un meilleur bien-être général. Une méta-analyse de 2025 portant sur 145 études et 28 pays confirme un effet faible mais robuste.

La gratitude aide-t-elle vraiment à arrêter de fumer ? Oui. Une étude de la Harvard T.H. Chan School of Public Health (2024) montre que susciter de la gratitude chez des fumeurs réduit leur envie de fumer et augmente leur inscription à un programme de sevrage, plus efficacement que d’autres émotions testées.

Faut-il être croyant pour bénéficier des effets de la gratitude ? Non. Les effets sont documentés aussi bien chez des personnes religieuses que non croyantes. La foi est un facteur qui favorise la gratitude chez certaines personnes, pas une condition pour en ressentir les bienfaits.

Comment pratiquer la gratitude efficacement ? Le protocole le mieux étudié consiste à noter par écrit, une à plusieurs fois par semaine, trois à cinq éléments précis pour lesquels on ressent de la reconnaissance, en privilégiant la précision à la généralité.

La gratitude peut-elle avoir des effets négatifs ? Oui, dans certains contextes. Des recherches montrent qu’une gratitude imposée, notamment dans une relation de pouvoir inégale, peut renforcer une hiérarchie injuste ou pousser à minimiser une faute pour protéger une personne envers qui l’on se sent redevable.

Combien de temps faut-il pour ressentir les bienfaits d’une pratique de gratitude ? Les études expérimentales, comme celle d’Emmons et McCullough, mesurent des effets dès plusieurs semaines de pratique régulière. L’effet reste modeste et peut varier fortement d’une personne à l’autre.


Sources : Emmons R.A. & McCullough M.E. (2003). Counting blessings versus burdens: An experimental investigation of gratitude and subjective well-being in daily life. Journal of Personality and Social Psychology, 84(2):377-389. / Davis D.E. et al. (2016). Thankful for the little things: A meta-analysis of gratitude interventions. Journal of Counseling Psychology. / Choi H., Cha Y., McCullough M.E., Coles N.A. & Oishi S. (2025). A meta-analysis of the effectiveness of gratitude interventions on well-being across cultures. PNAS. / Wang K., Rees V.W. & Kawachi I. (2024). The role of positive emotion in harmful health behavior: Implications for theory and public health campaigns. PNAS. / Watkins P.C. A dark side of gratitude? Distinguishing between beneficial gratitude and its harmful impostors for the positive clinical psychology of gratitude and well-being. / Ksenofontov I. & Becker J.C. Being grateful and outraged: The relationship between gratitude and social change. Personality and Social Psychology Bulletin. / Dachez J. (2026). Qu’est-ce que vous croyez ? Albin Michel.

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